Mustang

Mustang : film de Deniz Gamze Ergüven, avec Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Elit İşcan, Tuğba Sunguroğlu, İlayda Akdoğan. Sortie le 17 juin 2015.   

Mustang raconte l’histoire de cinq sœurs, Sonay, Selma, Ece, Nur et Lale, adolescentes ou entrant dans l’adolescence comme la benjamine Lale, élevées par leur grand-mère dans un village reculé de Turquie. Elles sont liées comme les cinq doigts de la main et se sentent libres comme l’air.
Tout bascule lorsqu’elles s’attardent avec leurs camarades masculins à jouer innocemment pour fêter leur fin d’année. Commence alors, pour elles, une nouvelle vie: supervision d’un oncle autoritaire, confinement dans une maison devenant une forteresse infranchissable, arrêt des études et apprentissage de leur future vie de femme. « La maison était devenue une fabrique à épouse » dira Lale la plus rebelle des cinq.

Les cinq sœurs vont être alors propulsées plus vite que prévu dans le destin qu’on a écrit pour elles, notamment dans le but de préserver leur sacro-sainte virginité. Aussi belles que leur sort est déchirant, les mariages arrangés des quatre jeunes filles les plus âgées débutent sous le regard perçant, pétillant mais impuissant de Lale la benjamine.

Premier long métrage de la jeune Franco-Turque Deniz Gamze Ergüven, ce film est une incontestable réussite. Sachant livrer une scénographie onirique et chatoyante, elle ne nous fait pas oublier pour autant la violence du propos et la douleur provoquée à chaque fois qu’un anneau est passé au doigt d’une des jeunes filles. Et c’est là toute l’intelligence du parti pris de la réalisation du film. Le sujet est pesant, suffocant même, injuste et révoltant, mais cette noirceur est contrastée par une légèreté fugitive et un humour flottant, qui font rendre le sujet encore plus saisissant.

La manière dont les superbes jeunes femmes sont filmées est troublante. Loin d’érotiser leur corps, la caméra nous confie des images innocentes et puériles mais d’une beauté impressionnante. Les nombreux plans sur leurs longs cheveux sombres, volant, libres, symbole suprême de la féminité, relève le propos et laisse le public fasciné. Les émotions et réactions des personnages sont décryptées avec justesse sans jamais tomber dans la facilité. Plein de nuances, le film est profond, travaillé tant sur le fond que sur la forme, les héroïnes même abandonnées à leur inextricable destinée, ne passent jamais pour des victimes sans défense.

Le film est aussi puissant que le cheval dont il porte le nom. Et, à l’instar de l’animal, les personnages féminins sont insoumis et avides de liberté. Ce tortueux chemin de la liberté est essentiellement porté par Lale, espiègle et indomptable, qui refuse coûte que coûte de se faire écraser par le poids des traditions et conventions sociales. Si ce film traite le fléau du patriarcat, il est loin d’être pathétique ou tragique. Il est une ode à la liberté, un peu comme Wadjda d’Haifaa Al Mansour, c’est un film qui, malgré sa noirceur, donne un peu d’espoir sur la venue de lendemains meilleurs.

- MG -