Marie G. : pourquoi j’irai manifester le samedi 8 mars 2014

    2014 a débuté sous l’hospice d’un douloureux retour en arrière tout près de chez nous. Fière mais triste, je suis descendue dans la rue pour défendre un droit durement acquis et qui me semblait (presque) faire l’unanimité en Europe. Jamais je n’aurais pensé un jour devoir scander dans la rue « Mon corps m’appartient » à l’instar de mes grands-mères.

     Aujourd’hui j’ai peur… Oui j’ai peur qu’un jour mon droit à l’IVG soit remis en cause, peur des défilés obscurantistes, réactionnaires et conservateurs, peur de cette société qui souffre d’un vrai problème avec la reconnaissance du viol et de ses conséquences, peur de ce que cache la défense des stéréotypes de genre et la levée de bouclier contre les ABCD de l’égalité, peur que Simone de Beauvoir ait raison quand elle affirmait que les droits des femmes n’étaient jamais acquis et qu’il suffirait d’une crise pour qu’ils soient remis en question.…

    Malgré toutes les avancées liées à la lutte des femmes et aux combats féministes, la structure de domination résiste et fait preuve d’une remarquable résilience. Plus que révoltant, c’est insultant pour moi aujourd’hui de devoir acter qu’il existe encore une inégalité entre les hommes et les femmes dans le domaine professionnel, un immobilisme voire un recul des mœurs dans le domaine privé ou un sexisme ordinaire persistant dans le domaine public.  

    Alors à la question irritante que l’on me pose chaque année « pourquoi une journée internationale pour les femmes ? » - qui est une question détournée de  « qu’est-ce qu’elles veulent encore ? » - il est de mon devoir de citoyenne de répondre que toutes les problématiques actuelles sur l’égalité femmes/hommes, quelles que soient leur degré de « gravité », partent toutes de la même origine, trouvent les mêmes sources et les mêmes justifications.

    Cette journée est essentielle à mon sens pour rappeler que tout est en lien, et que chaque événement ici ou ailleurs, qui semble anodin ou au contraire inacceptable, est interdépendant.
De la galanterie à la prostitution, de la « barbie » aux violences conjugales, de la blague sexiste au harcèlement sexuel, de l’allaitement aux stéréotypes de genre, de la pornographie aux viols collectifs, de l’étalage des noms masculins dans les rues à l’inégalité salariale, de la chirurgie esthétique à l’excision, toutes ces situations exhortent la même révolte insoutenable et inacceptable de toutes les femmes souffrant d’une inégalité inique depuis la nuit des temps fondée sur rien d’autre que…le sexe.

    Alors, parce que selon moi la Journée internationale des femmes reste aujourd’hui encore d’une brûlante et cruelle actualité, et tant que l’égalité effective entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte, j’aurais un besoin viscéral de la célébrer. Je ne transigerai jamais avec l’égalité, je ne transigerai jamais avec la liberté parce que comme le scandait déjà haut et fort Condorcet en 1793 « il ne peut y avoir ni vraie liberté ni justice dans une société si l'égalité n'est pas réelle ».

Pour toutes ces raisons, je serai samedi 8 mars 2014 place de la Bastille à 14h30.