Petit bréviaire du parfait féministe

Petit bréviaire du parfait féministe, Jean Joseph-Renaud, illustrations de Pénélope Bagieu. Editions Autrement. Sortie le 25 février 2015.

Jean Joseph-Renaud, né en 1873 à Paris, est avant tout connu pour ses activités sportives notamment l’escrime. Mais il est aussi écrivain, poète, traducteur, journaliste et surtout…féministe.

En 1910 il publie, en le dédiant à Marguerite Durand, un petit livre percutant appelé Catéchisme féministe, sorte de manuel dialectique dans lequel sont repris sans langue de bois les principaux arguments phallocrates et anti-féministes de l’époque avec les réponses que cet écrivain original, et pétris de convictions, va leur apporter.

Jusqu’ici tout va bien. On se dit qu’on va pouvoir voir à quoi ressemblait le début des années 1900 en matière de préjugés sexistes, tout en se gargarisant de ne plus faire partie de cette époque. Après tout, depuis, de nombreuses avancées sont intervenues, droit de vote, avortement, libération sexuelle, contraception…

Oui c’est vrai quand on lit rapidement cette réédition on se dit que certaines choses ont changé… Toutefois, quand on se plonge véritablement dans ce livre on est frappé par la profondeur des réflexions et analyses qui sont encore aujourd’hui les mêmes mais plus insidieusement et volontairement enfouies sous une apparente
victoire des droits acquis.

Métiers « naturellement » masculins, désorganisation de la famille à cause de l’émancipation des femmes, éducation des filles, galanterie, fonctions maternelles… tous les préjugés y passent et nombre d’entre eux font échos à certaines réflexions rétrogrades actuelles.

Ce Petit bréviaire du parfait féministe est donc à interpréter avec hauteur et intelligence mais aussi avec honnêteté et profondeur. 115 ans après sa première parution, Jean Joseph-Renaud se réjouirait surement des avancées indéniables notamment sur l’avancée de l’égalité en droit mais sa pugnacité et son sens de la justice nous mettraient certainement encore en garde sur l’inégalité persistante entre les sexes dans les faits et s’élèveraient sans aucun doute contre le sexisme ambiant. 

C’est à nous toutes et tous aujourd’hui qu’il revient de ne pas s’endormir sur les droits durement acquis des femmes, ne pas s’endormir, s’engourdir mais continuer à résister dans toutes les sphères de la société et d’être attentifs à chaque détail. Car comme dirait Jean Joseph-Renaud en parlant de la femme « Son présent est magnifiquement supérieur à l’opinion qu’en ont les inattentifs. Et son futur resplendit… ».

- MG -