Mad Max : Fury Road

Mad Max : Fury Road, film de George Miller, avec Tom Hardy, Charlize Theron… Sortie le 14 mai 2015.

Crâne rasé, visage barbouillé, bras amputé, Charlize Theron incarne Furiosa, lieutenant renégat qui trahit un chef de guerre tyrannique et à qui se rallie « Mad » Max Rockatansky. Dès lors qu’elle donne un coup de volant et s'éloigne de la route qu'on lui avait assignée, le film n'est plus qu'une gigantesque scène de poursuite, visuellement éblouissante, ponctuée d'assauts impeccablement chorégraphiés.

Comme son nom ne l'indique pas, Mad Max : Fury Road est donc l’un de ces rares films d'action dont le personnage principal est une femme, s'inscrivant dans la lignée de quelques œuvres isolées telles que Alien, Abyss ou, plus récemment, Kill Bill. Max ne protège pas Furiosa. Il n'a rien à lui enseigner. D’abord adversaires, l’un et l’autre comprennent qu’ils sont mus par le même élan vital : le refus d’être traités en objets et réduits à un seul organisme, chair et sang pour l’homme, appareil reproducteur pour la femme.

Si George Miller tire évidemment parti de la silhouette de l'ancien mannequin Theron, il s’abstient d’érotiser son corps. Furiosa n'est pas filmée différemment de Max : elle manipule les armes lourdes, le combat au corps à corps et met les mains dans le cambouis de la mécanique de son camion. Elle entraîne dans sa révolte cinq jeunes femmes affichant, pour le coup, une plastique parfaite et parées de voiles blancs virginaux. Cette apparition surprenante ne fera toutefois que renforcer le propos : pour échapper à leur fonction de « poules pondeuses », les femmes se veulent elles aussi sur la route de l'émancipation. Et qu'importe, au fond, que la Terre promise se dérobe...

Cette Fury Road, étoffée par un clan de vieilles motardes rescapées, aurait pu avoir tous les aspects d'une guerre des sexes simpliste à la Tarantino. Mais le propos de Miller est plus intelligent encore. En positionnant Max, son héros mutique, dans le camion de Furiosa, en développant imperceptiblement, presque sans dialogue, la naissance de la confiance qui s’installe entre eux, le cinéaste défend in fine une vision des rapports homme/femme basée sur l'égalité absolue et le respect mutuel. D'abord union de circonstance, leur relation devient entraide et compréhension de l'autre. De séduction, point. De tendresse, à peine. Peut-être leur alliance se scelle-t-elle dans ces regards revenus de tout que s'échangent ces deux rescapés endurcis. "Tu as ta place parmi nous" finit par dire Furiosa au nom de sa bande de filles. Loin de la destruction aveugle et suicidaire des seigneurs de guerre, une cohabitation apaisée entre êtres humains, hommes ou femmes, serait donc possible ?

A l'heure où les grands studios hésitent encore à construire des blockbusters autour d'un personnage féminin - on sait qu'Alfonso Cuaron a eu toutes les peines du monde à imposer une femme pour Gravity - l'audace de George Miller, surtout sur une franchise aussi attendue, laisse sans voix. Les fans masculinistes du Mad Max de 1979 ont hurlé de rage devant ce nouvel opus où "Max reçoit des ordres d'une femme". Ces protestations font honneur au film.

- AV -