Les chatouilles ou la danse de la colère

Les chatouilles ou la danse de la colère

Spectacle avec Andréa Bescond. Texte et Chorégraphies de Andréa Bescond, mise en scène d'Eric Métayer, lumière de Jean-Yves de Saint-Fuscien, son de Vincent Lustaud. Au théâtre du Petit-Montparnasse. Attention, spectacle déconseillé aux moins de 12 ans.

Comédienne ? Elle incarne une dizaine de personnages, hommes et femmes, adultes et enfants, victime et bourreau. Danseuse ? Ballets russes, danse contemporaine, comédies musicales : elle papillonne avec aisance d'un genre à l'autre. Qu'importe le nom que l'on donne à sa performance, Andréa Bescond, seule sur scène pendant près de deux heures, prend aux tripes. Son spectacle, Les chatouilles, réussit le pari le plus risqué qui soit : aborder de front, sur scène, la pédophilie et ses conséquences dévastatrices.

Des séances de psychothérapie servent de fil conducteur à un retour douloureux sur l'enfance brisée. Si les viols eux-mêmes ne sont pas représentés, la comédienne s'en approche au plus près, dans un langage parfois explicite. L'ignominie du violeur, un "ami" de la famille, est sans ambiguïté ; pour autant le spectacle s'attarde presque moins sur le crime, entier et irréparable, que sur les réactions de l'entourage de la petite Odette, d'abord enfant, puis adolescente, puis jeune adulte tentant de se reconstruire. La mère, au premier plan, monstrueuse d'égoïsme, de cécité et de culpabilisation. Mais aussi, à différents degrés, le père, la professeure de danse, le policier qui prend la plainte d'Odette... Le spectacle d'Andréa Bescond appuie là où ça fait mal et illustre une réalité que le Planning connaît bien : entendre les victimes de violences sexuelles, les écouter et les croire est vital pour leur permettre de se relever.

Entre de multiples saynètes tantôt glaçantes, tantôt humoristiques - car l'abattage de Bescond est tel qu'elle parvient même à faire rire - la danse, donc. L'échappatoire que la petite Odette a trouvé pour s'en sortir, la passion qui structure Odette adulte, quand survient la tentation de l'auto-destruction. La "danse de colère", donc. Car Odette, toute victime qu'elle soit, se bat. Elle porte plainte, traduit en justice, raconte, dessille les yeux de tous ceux qui n'ont pas voulu voir. La colère comme acte de combat. Rarement le théâtre et la danse auront à ce point incarné une urgence vitale de dire, exprimer, montrer là où les criminels voudraient imposer le silence et le secret.

- AV -