La belle saison

La Belle Saison, film de Catherine Corsini avec Cécile de France, Izia Higelin et Noémie Lvovsky, sortie le 19 août 2015.

Difficile de savoir par quel bout traiter ce film tant il bouleverse par son humanité et par le sentiment de liberté qu’il diffuse au public… Alors je ne garderai que trois éléments.

Le premier est cette magnifique histoire d’amour qui nous est livrée avec une subtile brutalité par Catherine Corsini. Irrésistiblement bouleversante, ce violent coup de foudre entre les deux héroïnes nous embarque sans résistance. Enlevée et portée par Cécile de France (Carole) - parisienne féministe déterminée incarnant la Liberté - et Izia Higelin (Delphine) - provinciale passionnée par la terre et touchante d’humilité - cette histoire d’Amour emporte tout sur son passage. L’engagement impressionnant des deux actrices donne à cette passion amoureuse et interdite un élan de sincérité impitoyable. A la différence de La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, le film de Catherine Corsini insuffle une force sensuelle déconcertante d’authenticité et de finesse sans prétention, si ce n’est celle de rester au plus près de l’intimité des deux protagonistes. Notons également l’entrée de la superbe Noémie Lvovsky (Monique) qui transformera ce duo en trio magnifique et sans compromis dans la deuxième partie du film. Son jeu implacable, axé sur les regards plus que les mots, apporte un souffle puissant à l’histoire des deux jeunes filles.

Le deuxième élément est le contexte historique qui donne une dimension savoureuse à cette histoire d’amour et la met en perspective. Le récit se déroule dans les années 1970, en plein combat féministe engagé et enragé, l’époque durant laquelle de nombreux droits restaient encore à conquérir pour les femmes en France (l’IVG en première ligne). Les scènes très réalistes nous plongent dans cette atmosphère exaltante et en fusion. Les frissons ne nous quittent pas tant on aimerait aujourd’hui retrouver cet engouement et cet engagement indispensables pour continuer le combat. A cet égard, on notera plusieurs scènes jubilatoires de reconstitutions de réunions ou d’actions féministes qui rendent, à elles seules, ce film indispensable.

Enfin, ce film dévoile avec une finesse troublante et beaucoup de subtilité combien chaque combat, qu’il soit personnel ou collectif, est difficile. Qu’il prend du temps et demande de la résilience. Le film révèle également que cette relation, aussi belle soit-elle, doit arriver au bon moment et qu’elle aurait pu être totalement différente dans un autre contexte, social, culturel, familial, personnel ou encore sentimental. Il pose la question des limites que l’on s’impose à soi-même, des barrières que l’on se fixe par peur du changement, de ses désirs, du jugement… Parce que comme il est si bien dit dans le film, ce ne sont pas les autres qui nous jugent mais le regard que nous portons sur nous-même qui empêche d’avancer ou d’oser.

Ce film a un parfum d’authenticité qui donne à la rentrée un délicieux goût de liberté…

-MG-