Chère Amazone ou le féminisme hanté par son passé

Chère Amazone ou le féminisme hanté par son passé

CHERE AMAZONE, d’Alicia RODA. Mise en scène Pascal Guignard Cornélien. Avec Sara VIOT et Alicia RODA. Festival d’Avignon, théâtre des Brunes, 19h30.

Créée en 2015 par Alicia RODA, Chère Amazone raconte la rencontre improbable entre Aile (Sara VIOT) une femme actuelle, indépendante, bien dans sa peau et Penthésilée (Alicia RODA) légendaire reine des Amazones, fondatrice de cette nation de femmes fortes, descendante du Dieu Arès et de la Naïade Harmonie.


Au départ, un processus parallèle semble s’établir entre ce que ressent le public, et ce que vit Aile, le personnage qui vient se faire réveiller. Au début, le public n’entre pas immédiatement dans la pièce. On ne comprend pas vraiment le message, ni ce qu’il se passe réellement. De la même manière, Aile ne comprend pas ce qu’il lui arrive. Cette arrivée impromptue de Penthésilée dans sa chambre, venant troubler son sommeil, sa routine, sa vie, son avenir est confuse… Dans sa verve qui parait inextinguible et péremptoire Penthésilée cherche à réveiller Aile, mais aussi le public. Quoiqu’il en coûte, cette confrontation initiatique a pour objectif de réveiller la femme sauvage qui dort en Aile (mais aussi chez les spectatrices/teurs ?), même si pour cela Penthésilée semble parfois maladroite et à court d’argument. Comme Aile, le public peut ne pas être réellement réceptif au départ.


Puis il se passe quelque chose. Un moment clé dans la pièce vient faire basculer le public au cœur même du propos. Aile s’ouvre, ouvre son cœur et explose littéralement lors d’un monologue puissant. L’atmosphère change tout à coup lorsque Aile se met à se défendre, à plaider pour sa singularité, ses choix, ses désirs. A crier haut et fort son refus de correspondre à un prototype, aux caractéristiques « naturelles » imposées aux femmes. Comme si tout à coup le dialogue entre les deux actrices, cette diatribe musclée devenait un message universel. Le propos est fort, énergique et sans appel. Il ne peut que prendre à partie le public qui ne peut cette fois ni s’échapper, ni se dérober.


Cette pièce pose la question de ce qu’est une femme, peu importe son époque, hier, aujourd’hui et demain, même combat. Les deux actrices se donnent sans compter dans cette pièce qui ne peut laisser indifférent-e malgré quelques maladresses dans la mise en scène. Le texte est poignant, authentique, implacable. Une fois emporté, le public, tout comme Aile dans la pièce, est sous le choc des phrases saccadées et des informations lancées comme des flèches d’Amazones.


Et, une fois qu’Aile est éveillée sur cette condition éternelle des femmes et qu’elle pose la question cruciale « Changer les choses. Mais comment ? », Penthésilée répond de la façon la plus simple possible « En acceptant notre fardeau. Notre fardeau à toutes, les déjà nées et les à naître. Prend le sur ton dos. Il pèse des millions d’années ». C’est certainement ça le message, le début du changement c’est d’abord accepter de porter ce lourd fardeau la tête haute et tenter d’incarner toutes les femmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain, qui luttent et se battent pour exister telles qu’elles sont.

 

MG