Carol

Carol. Réalisation de Todd Haynes et scénario de Phyllis Nagy, d'après un roman de Patricia Highsmith. Avec Cate Blanchett, Rooney Mara.

Loin du paradis (2002), du même Todd Haynes et également situé dans l’Amérique des années cinquante, traitait déjà de la marginalité raciale et/ou sexuelle. On se croyait donc en terrain connu avec Carol ; pourtant, le projet est assez différent, même s’il constitue le prolongement évident du film précité.

Le film n’éblouit pas seulement par sa capacité à raconter une histoire ancrée dans un passé proche, à reconstituer une époque, à reproduire l’imagerie et l’atmosphère des anciens films hollywoodiens en les réinventant - tout ce qui caractérisait déjà Loin du paradis. Le propos politique a évolué. Loin du paradis dévoilait l’envers d’un décor. Les passions demeuraient cachées. Les apparences, sauvegardées.

Dans Carol au contraire, on trouve des instances de divorce, des enquêtes de moralité, une scène de sexe. Le baiser entre deux hommes de Loin du paradis, aperçu à la dérobée, entre deux portes, devient dans Carol une scène explicite, attendue et désirée par les deux femmes. L’homosexualité ne se cache plus. Elle devient assumée.

Car c’est bien là l’enjeu du film : s’assumer. La jeune Therese, timide vendeuse en couple avec un garçon pas moins gentil qu’un autre, découvre, explore et assume peu à peu son attirance, sinon pour les femmes en général, du moins pour Carol, grande bourgeoise plus âgée. Cette prise de conscience chez quelqu’un de jeune, d’inexpérimenté, au seuil de l’âge adulte représente sans doute le versant le plus classique de ce que l’on appelle “assumer son homosexualité”.
Mais le parcours de Carol, femme mûre, contrôlée, parfaitement lucide sur ses préférences, est bien plus radical. Il ne s’agit plus d’assumer son homosexualité à ses propres yeux, mais aux yeux du monde extérieur - et par-là même, de risquer de perdre la garde de sa fille chérie. Ce renoncement aurait été déchirant en soi mais Carol ne sera pas un film du renoncement. Tout ne sera pas sacrifié par amour maternel, si grand cet amour soit-il. Todd Haynes et sa scénariste Phyllis Nagy font ici le choix rare et audacieux de montrer une mère aimante qui n'oublie pas pour autant ses aspirations en tant qu'être humain.

Le film, qui se conclut sur une note aussi émouvante que combattive, ne se laisse donc pas enfermer dans les conditions du mélodrame qu'il a lui-même créées. Ne pas se résigner, ne pas se taire, ne pas culpabiliser ni se laisser culpabiliser : des principes fondamentaux des droits des femmes.