C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde, Création collective Les filles de Simone

C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde, Création collective Les filles de Simone

C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde, Création collective Les filles de Simone, Claire Fretel, Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères. Du 8 septembre au 2 octobre 2016 au théâtre du Rond Point.

 

« Il s’agit d’une traversée. Celle d’une jeune femme. Enfin de plusieurs. Mais peut-être sont-elles toutes contenues en une ». Difficile d’écrire sur une pièce qui vous percute autant et qui vous emporte à ce point. Sans savoir véritablement à quoi s’attendre nous voilà embarqué-e-s malgré nous dans un tourbillon de questionnements, sur la maternité, sur le féminisme, ou plus exactement sur la question conflictuelle entre maternité et féminisme. Cette pièce est une traversée de l’espace mental d’une jeune femme au moment où l’expérience de la maternité commence pour elle.

 

La création collective des Filles de Simone nous livre une pièce saisissante, portée par deux comédiennes (Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères) auxquelles on reste suspendu tant leur performance sur scène est authentique et sincère. L’écriture est cohérente, le texte possède une véritable identité, la parole est libre, forte, rythmée, livrée à vif, raisonnée et pulsionnelle, spontanée et réfléchie, drôle et cruelle.

 

Ode sociale et culturelle contemporaine, la pièce est un perpétuel aller-retour entre fiction et réalité et nous permet de mieux intégrer les thématiques soulevées : maternité sacralisée, modèles idéalisés imposés aux femmes, difficultés liés au travail, distribution des rôles entre les femmes et les hommes, nature et culture… Parfois comique, les situations présentées dans la pièce nous permettent aussi de rire de nous, de notre société. On rit aussi de constater que le féminisme a encore de beaux jours devant lui, on vit de voir la mort se rapprocher parce que c’est peut-être finalement de ça qu’il s’agit.

 

Au-delà de son authenticité, la force de cette pièce est d’amener des réflexions tout en nuance, sans jamais être ni binaires, ni simplistes. Aucune condescendance, aucune leçon de morale dans un sens ou dans l’autre, seulement l’expérience crue, impudique, parfois brutale, parfois belle, de la maternité. Ce texte truculent livre avec subtilité le tiraillement intérieur d’une femme faisant l’expérience de la maternité tout en vivant viscéralement son féminisme. 

 

Au bord de la schizophrénie, nous sommes plongé-e-s dans des tergiversations mentales qui matérialisent le dilemme féminin auquel la maternité confronte. Eclairée et nourrie par de nombreux apports sociologiques, philosophiques, historiques et anthropologiques, la pièce aborde aussi les discordes ou les scissions des différents courants de pensées féministes.

 

Ce qui est certain, c’est que nous ne sortons pas absolument indemnes de ce spectacle, jubilatoire sous bien des aspects. Avec un sens de la répartie acéré, les dialogues intérieurs nous font passer parfois du rire aux larmes. « Est-ce que tu crois que tu as écrit des livres parce que tu n’as pas eu d’enfants ? Et toi, tu crois que tu fais des enfants parce que tu n’es pas capable d’écrire des livres ? », vous trouverez (peut-être) la réponse à ces questions et à bien d’autres en allant voir cette pièce… ou vous ne la trouverez (peut-être) pas... en tout cas une chose est certaine, il faut courir voir cette pièce.

 

M.G.