Vendredi Culture... Cinéma : Une femme d'exception de Mimi Leder

Une femme d'exception de Mimi Leder, sorti en salle le 2 janvier 2019 avec Felicity Jones, Armie Hammer et Justin Théroux: à voir!

18/01/2019
Vendredi Culture... Cinéma : Une femme d'exception de Mimi Leder

 

On ne vous dira pas que ce film est le meilleur de ce début d’année 2019, néanmoins on va vous inviter à aller le voir. Sans nous étendre sur les défauts cinématographiques, ce film a le mérite d’exister pour le contenu qu’il apporte.  Parce que vu du Vieux Continent, le nom de Ruth Bader Ginsburg est inconnu, sûrement parce que c’est celui d’une Femme d’exception, et que ces femmes sont effacées de l’Histoire et rendues invisibles. Le film décrit le parcours de cette femme exceptionnelle montrant des capacités intellectuelles impressionnantes mais surtout douée d’une intelligence déterminée qui fait vaciller le plus patriarcal des conservateurs qu’elle rencontre. Clairement pour comprendre la notoriété bien méritée de cette personnalité, le documentaire « RGB : Ruth Bader Ginsburg », réalisé par Julie Cohen Betsy West sorti le 10 octobre 2018, est plus édifiant. Il donne du corps et du relief à cette grande figure de l’Histoire et met en lumière son influence dans tout le pays. Mais ce film, au-delà de conter la petite histoire individuelle de RBG qui par sa pugnacité fera changer la grande Histoire, dépeint tout de même très bien l’empêchement historique, culturel, traditionnel, religieux du patriarcat et de ses règles impitoyables pour toute personne qui serait pourvue d’un vagin. Et c’est véritablement sur ce sujet que le film est intéressant.

D’abord il surligne que le problème n’est pas de faire admettre une discrimination ou un traitement inégal entre les hommes et les femmes. Bien au contraire, cette inégalité est tout à fait reconnue et cette différence de traitement est considérée comme nécessaire pour le bien-être de la société américaine tant par les hommes que par les femmes. L’odeur de cette sacro-sainte complémentarité des sexes, par laquelle homme et femme ont une place naturelle dans la société pour qu’elle fonctionne, nous taquine les narines. Et c’est cette remise en question de toute une pensée majoritaire qui est l’enjeu du travail engagé de RBG. La force de son action se situe à ce niveau, celui d’un changement fondamental de mentalités figées. Le film révèle ensuite à quel point le carcan législatif et l’ensemble des textes servent de cages dorées pour les femmes qui, pendant des siècles, ont dû elles-mêmes se persuader et intégrer que leur rôle et leurs aspirations ne tournaient qu’autour du foyer. Le film nous donne cette impression nauséabonde d’un piège infernal duquel les femmes ne peuvent s’échapper. On en sort avec la révolte au ventre, un tiraillement très douloureux qui vient vous tordre les viscères au plus profond de votre chair, de votre être. Il nous semble que regarder ce film en tant que femme est un véritable rite initiatique qui nous impose une sorte de résilience devant tant de gâchis. Toutes ces femmes oubliées, niées, dont les désirs devaient être refoulés, dont l’intelligence et les compétences ont dû être bannies ou spoliées, dont les revendications étaient moquées, rejetées, dévalorisées, tant de talents gâchés, de capacités enfouies, de génies invisibles, de personnalités bafouées et humiliées, nous mettent la rage au ventre. Et le discours de certains rétrogrades réactionnaires dépourvus de bon sens nous assénant que c’est un fait, il n’y a pas de génie chez les femmes, qu’en remontant dans l’histoire, on n’en trouve pas, ne fait que soulever encore plus fort la rage physique qui nous encombre en tant que femme niée et dépossédée de notre Histoire.  

 Il nous semble alors que le manque de rythme du film ou sa lenteur ne sont peut-être qu’un processus parallèle face à la lenteur du changement des mentalités sur le droit des femmes à être libres de leurs choix. Lenteur qu’on observe encore dans nos sociétés occidentales, même si les choses ont changé, et dans bon nombre de pays qui enferment les femmes dans des cages au sens propre comme au sens figuré. Question de l’espoir, question de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, question de point de vue donc sur une avancée globale du droit des femmes à exister… Le dernier mot reviendra à Ruth Bader Ginsburg elle-même qui affirme « Quand les temps sont durs pour les femmes, souvenez-vous de ce qu’était le passé ». À chacun.e de se faire sa propre opinion. Ce dont nous sommes certaines, c’est qu’il est fondamental de rendre visible ces femmes qui laissent une trace indélébile dans l’Histoire pour que les futures générations puissent prendre exemple et inspiration sur des figures féminines d’exception. En ce sens, ce film est important et on vous encourage à aller le voir !